Quand on parle de former les professionnel·les de santé et de l’accompagnement à l’accueil des personnes LGBTQIA+, une objection revient régulièrement :
« Mais enfin, il suffit d’être bienveillant·e. »
Sauf que dans plusieurs pays, le sujet a depuis longtemps dépassé la simple bonne volonté.
L’inclusion LGBTQIA+ y est progressivement considérée comme une véritable compétence professionnelle : qui nécessite des connaissances, des outils, de la pratique et parfois même une évaluation.
Au Canada, des milliers de professionnel·les se forment chaque année
Rainbow Health Ontario propose notamment une formation de référence de 3h30 destinée aux professionnel·les de santé et du secteur social.
Sept modules abordent le vocabulaire, les discriminations, les inégalités de santé, la santé mentale, l’intersectionnalité ou encore la communication inclusive.
La formation donne droit à des crédits de formation médicale continue.
Et l’échelle est particulièrement intéressante : sur son dernier exercice, Rainbow Health Ontario indique que plus de 4 300 personnes ont terminé ses formations autonomes et que plus de 2 600 personnes ont participé à 78 formations animées.
L’organisme ne s’arrête d’ailleurs pas à une simple introduction : des formations plus spécialisées permettent ensuite d’approfondir la santé mentale, le trauma, les réalités trans ou encore les questions de fertilité.
En Australie, l’inclusion LGBTQIA+ entre dans les référentiels professionnels
En Nouvelle-Galles du Sud, NSW Health a publié son « LGBTIQ+ Capability Framework 2025-2029 ».
Son rôle ?
Définir les connaissances, compétences, comportements et valeurs professionnelles nécessaires à une prise en charge inclusive des personnes LGBTQIA+.
Des formations sont proposées directement au personnel du système public de santé et des organismes spécialisés comme ACON complètent cette offre.
ACON propose justement tout un catalogue de formations : e-learning, présentiel, webinaires, microlearning ou programmes personnalisés.
En 2023-2024, l’organisme affichait un taux de satisfaction de 9,3/10 pour ses formations et une augmentation de 33 % du nombre d’apprenant·es touché·es.
Le vocabulaire utilisé est lui-même intéressant.
On ne parle pas simplement de « sensibiliser ».
L’objectif affiché est de développer les compétences, modifier les comportements et inscrire les changements dans les pratiques professionnelles.
Aux États-Unis, formation et reconnaissance vont parfois ensemble
Dans le domaine de la fertilité, OutCare Health et GWK Academy proposent désormais une certification spécifiquement consacrée à l’accompagnement des futur·es parents LGBTQ+.
Elle s’adresse non seulement aux médecins, infirmier·es et embryologistes, mais également aux équipes administratives, agences de gestation pour autrui, professionnel·les de santé mentale, juristes ou assureurs.
La démarche va bien au-delà du vocabulaire.
Les équipes travaillent sur leurs formulaires, leurs outils de communication, leurs dossiers patients, leurs procédures et leur environnement.
Après la formation et l’évaluation, l’établissement peut obtenir un badge et apparaître dans des réseaux de référencement.
Family Equality utilise depuis plusieurs années un principe proche avec son programme Open Door destiné aux professionnel·les de la construction familiale LGBTQ+.
Les professionnel·les ayant suivi les formations peuvent notamment être référencé·es dans un annuaire dédié.
Au Royaume-Uni, on étudie même spécifiquement la maternité LGBTQ+
King’s College London mène actuellement le projet de recherche INCLUSIVE.
Son objectif est de co-construire puis tester une formation destinée aux sages-femmes afin d’améliorer leurs connaissances, leurs compétences, leurs attitudes et leurs pratiques auprès des personnes LGBTQ+ pendant la grossesse, l’accouchement et le post-partum.
Le projet, qui court de 2025 à 2028, bénéficie d’un financement du National Institute for Health and Care Research de £457 789.
Autrement dit : le manque de formation à l’accueil des familles LGBTQ+ en périnatalité est suffisamment identifié pour devenir un véritable sujet de recherche financée.
Et en France ?
Dire que rien n’existe serait faux.
La France dispose par exemple d’un DIU consacré à l’accompagnement et à la santé des personnes transgenres.
En juin 2026, le ministère de la Santé a également lancé FormaSantéSexuelle.fr, une plateforme nationale gratuite destinée à renforcer les compétences des professionnel·les en matière de santé sexuelle.
Les stratégies nationales de santé sexuelle prévoient depuis plusieurs années le développement de la formation des professionnel·les.
Nous avançons donc.
Mais lorsque l’on compare notre organisation avec certains dispositifs étrangers, une différence apparaît : ailleurs, l’inclusion LGBTQIA+ est déjà davantage intégrée à des référentiels professionnels, des systèmes de formation continue, des dispositifs d’évaluation ou des programmes institutionnels à grande échelle.
Mais est-ce que se former change réellement quelque chose ?
La littérature scientifique apporte déjà quelques réponses.
Une revue systématique publiée en 2023 a étudié 44 recherches évaluant des formations LGBTQ+ destinées aux professionnel·les de santé.
La durée moyenne des formations étudiées était de seulement 3,2 heures.
Pourtant, de nombreuses études retrouvaient des améliorations significatives des connaissances, des compétences, des attitudes ou des pratiques inclusives.
Les auteur·rices appellent toutefois à poursuivre la recherche, notamment pour mesurer les changements à long terme et l’expérience des patient·es.
Ce qui nous rappelle une chose essentielle :
une formation ne transforme évidemment pas, à elle seule, un système de santé.
Mais les compétences professionnelles ne tombent pas du ciel non plus.
Elles s’apprennent.
Et peut-être qu’il est temps de sortir l’inclusion LGBTQIA+ du registre de la seule bonne volonté.
Être bienveillant·e, c’est bien. Savoir accompagner, c’est mieux.
